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    Parents débordés: attention à ne pas laisser ses enfants trop souvent livrés à eux-mêmes

    Une interview de Virginie Fauroux, LCI

    Les parents qui travaillent beaucoup causent-ils du tort à leurs enfants en raison de leurs absences ? Oui, si l'on en croît la psychologue clinicienne, Béatrice Copper-Royer. "Notamment chez les 10-12 ans qui ont acquis une certaine autonomie mais qui ne sont pas encore matures pour autant", explique-t-elle à LCI.

     

    Quel parent n'a pas rêvé un jour de travailler moins pour être devant l'école tous les soirs à 16h30, rentrer main dans la main avec sa progéniture, sans oublier de s'arrêter à la boulangerie pour s'acheter des pains au chocolat ? Ou encore de passer les mercredis après-midi à refaire le monde avec son petit bout. 

     

    Mais dans la vraie vie, on n'a à peine le temps de rentrer à la maison et d'enlever son manteau qu'il faut déjà aller coucher le plus jeune, avant de réviser fissa les devoirs avec l'aîné. Quant à la réunion avec les maîtresses à 18h, elle demande bien souvent une organisation dantesque. Alors que faire ? Et surtout que répondre à nos enfants quand ils nous reprochent de ne pas être assez présents ? Pour le savoir, on a interrogé la psychologue clinicienne Béatrice Copper-Royer, spécialisée dans l'enfance et l'adolescence. 

     

    LCI : Dans votre travail de thérapeute, rencontrez-vous de plus en plus souvent des enfants qui se sentent seuls ?

    Béatrice Copper-Royer : Concernant les très jeunes enfants, le problème ne se pose pas vraiment. Soit les parents s'arrangent en jonglant avec leurs emplois du temps, soit ils s'organisent pour les faire garder. En revanche, la tranche d'âge très sensible, c'est entre 10 et 12 ans, ce qui correspond à la fin de l'école primaire et le début du collège. A juste titre, on les appelle parfois les 'orphelins de 17h'. J'ai encore eu dans mon cabinet cette semaine une petite fille de 12 ans, dont les deux grandes sœurs sont étudiantes, et qui a deux parents qui travaillent beaucoup. Conséquence, il y a des soirs où elle se plaint de rester seule assez longtemps. Le problème, c'est qu'elle n'a pas encore la maturité pour cela.

    LCI : Finalement, ces parents ne demandent-ils pas un peu trop tôt à leurs enfants d'être autonomes ?

    Béatrice Copper-Royer : Ils estiment que leurs enfants n'ont plus besoin de baby-sitter puisqu'ils vont à l'école tout seul... Pour eux, ils ont donc acquis une certaine autonomie. Or, c'est souvent un âge où sur le plan affectif, on a encore besoin d'une présence rassurante. Un enfant qui rentre du collège aime bien raconter sa journée d'école ou ce qui lui passe par la tête. Surtout lors du goûter, qui reste un moment très important dans la journée.

    Un enfant débrouillard n'est pas forcément mature sur le plan affectifBéatrice Copper-Royer

    LCI : Quelles peuvent-être les conséquences de l'absence des parents à la maison ?

    Béatrice Copper-Royer : Certains enfants trouvent que c'est bien de se retrouver seul à la maison parce qu'ils s'imaginent qu'ils vont pouvoir faire ce qu'ils veulent. Mais c'est un leurre. Ils le pensent, et en réalité la présence d'un parent leur manque. Tout dépend bien sûr de la personnalité de chaque enfant mais pour certains, cette absence va être source d'anxiété. Je le vois tous les jours dans mon cabinet. Ainsi, j'ai eu en thérapie une jeune fille de 13, 14 ans qui tout d'un coup ne voulait plus se déplacer seule, prendre le métro, elle était devenue anxieuse à l'idée d'être loin d'un repère rassurant. Le problème, c'est que cette anxiété ne s'exprime jamais sur le moment, mais une, voire deux années plus tard. C'est de toute façon une tranche d'âge à surveiller : ils ne sont plus tout petits mais pas encore assez grands. Et un enfant débrouillard n'est pas forcément mature sur le plan psycho-affectif.

    LCI : Que répondre à ces enfants quand ils reprochent à leurs parents de ne pas être suffisamment là ?

    Béatrice Copper-Royer : Quand un enfant pose cette question-là, il faut toujours creuser un peu. Pourquoi pose-t-il cette question ? Que lui manque-t-il ? La présence de ses parents ou une communication insuffisante... Car parfois, même quand les parents sont avec leurs enfants, ils ne sont pas très disponibles. Ainsi, il y a pas mal de parents qui travaillent maintenant chez eux, mais ce sont de fausses présences. Une heure à discuter et à lire avec son enfant est bien plus utile que trois heures passées à côté de lui, sans réelle interactivité.

    Tous surdoués ?

    la précocité intellectuelle serait-elle galvaudée ?

    Il y a quelques années la précocité intellectuelle était ignorée de tous. Certains se souviennent avec tristesse et amertume de l’errance psychothérapique, qui les conduisait de consultation en consultation, pour tenter d’élucider un comportement atypique et  souvent une détresse scolaire. Comme Mathias, 45 ans, qui me consulte pour son fils et évoque son douloureux parcours : « Mes parents ne comprenaient rien, ils me prenaient pour un imbécile et se désespéraient car dans ma famille la réussite scolaire allait de soi. J’ai eu mon bac tant bien que mal, et c’est bien des années plus tard, alors que je n’émergeais pas de cette souffrance poisseuse, que le thérapeute que je consultais en désespoir de cause, mais sans trop y croire, m’a proposé après quelques rendez vous, de passer un test de QI. Je n’avais rien à perdre, j’y suis allé. Les résultats étaient probants et ne faisaient aucun doute : avec un QI à 142, je faisais parti de ceux qu’on appelle « surdoués » ou « précoces ». Cette information et les discussions qui en ont suivi avec la psychologue, mon thérapeute, puis ma famille, ont changé radicalement le regard que j’avais sur moi. Il n’y a pas non plus eu de miracle, mais je pouvais me penser autrement que comme le râté de la famille ».

    Depuis heureusement la précocité intellectuelle a été bien identifiée. Des livres, des émissions de télévision ou de radio ont largement informé le grand public qui a trouvé immédiatement un vif intérêt pour ce sujet. Du coup les demandes d’évaluation psychométrique (test de QI avec l’échelle de Wechsler) sont fréquentes, ce qui est très bien, car les épreuves passées dans de bonnes conditions et avec un bon clinicien, apportent un éclairage incroyablement riche sur les ressources cognitives et la personnalité de la personne testée.

    Mais il y a, comme souvent un revers à cette médaille. Trop de parents croient, aujourd’hui, que le comportement difficile de leurs enfants en classe, est la conséquence d’une précocité intellectuelle, fantasmée très souvent, et arrivent avec cette idée bien ancrée : il ne tient pas en place, il s’ennuie donc ne fait rien, il est insolent avec les professeurs, il coupe la parole à tout bout de champ, il ergote sur tout et n’importe quoi et veut toujours avoir le dernier mot…c’est comme ça parce qu’il est surdoué !

    Dans la réalité un grand nombre de ces comportements n’ont rien à voir avec un quelconque QI surdimensionné et il faut expliquer, sans blesser, mais sans ambiguïté, que les difficultés sont d’un autre ordre et chercher une réponse adaptée pour faire évoluer la situation.

    A contrario, certains parents écoutent, un peu septiques, les résultats du bilan de leur enfant, qui met en évidence une précocité intellectuelle, qui permettrait une analyse différente de son comportement. « Mais maintenant ils sont tous surdoués », me dit cette mère un peu agacée.

    Mais non ils ne sont pas tous surdoués, loin s’en faut, puisque la précocité intellectuelle ne concerne que moins de 2% de la population. Mais, à une époque où il faut aller à toute allure, où le mythe de la performance est si fort, où l’on s’informe en direct sur internet,   beaucoup sont tentés de mettre, à tort et à travers, cette étiquette valorisante sur le dos des enfants ! Et c’est dommage car la précocité intellectuelle n’est pas un mythe, elle ne doit pas être galvaudée, mais prise au sérieux quand elle est clairement identifiée.

    Béatrice Copper-Royer

    Le monde.fr

    la sécurité intérieure d’un enfant, un capital fragile

    Jules vient en consultation avec ses parents. Ce petit garçon de 8 ans, second d’une fratrie de trois garçons, semble « ailleurs » disent ses parents.  Dans la lune à l’école, pas concentré, son enseignante s’inquiète de sa lenteur et du retard qu’il prend.  A la maison il fait de grosses colères, s’oppose à ses parents pour un oui ou pour un non.  Quelques entretiens avec cet enfant confirmeront chez lui un vécu anxio-dépressif. On ne repère pas de grands bouleversements dans son histoire personnelle et familiale. Ni deuil, ni maladie d’un proche, ni perte de travail d’un parent, pas de déménagement, de changement d’école et un enfant décrit dans sa vie familiale comme joyeux et facile à vivre jusqu’à son entrée en CE1 il y a donc un an. C’est au bout de plusieurs semaines d’un suivi régulier qu’il va évoquer, avec ses parents, la peur que lui inspire depuis maintenant plus d’un an, un camarade de classe qui le malmène, moralement et physiquement. Le comportement très agressif de ce garçon, alors qu’au départ, ils s’aimaient bien, l’a complètement décontenancé. Il ne l’a tout simplement pas compris, et cette incompréhension a fini par générer chez lui un sentiment d’insécurité intérieure désorganisant.  Le lien de confiance qu’il a pu tisser avec un adulte, extérieur à son cercle intime, l’a rassuré et lui a surtout montré la possibilité, en parlant, d’être entendu, écouté et compris.

    Car, comme beaucoup d’enfants jeunes, aux prises avec la force d’une pensée magique, Jules attendait d’être deviné comme par enchantement, par les adultes alentour. Et leur incompréhension renforçait sa peur de ne pas être protégé.  Or tous les enfants ont besoin pour grandir, évoluer, réfléchir, communiquer avec les autres, jouer, de se sentir protégés et compris.  Mais ce n’est pas toujours simple car, on le voit tous les jours dans notre travail de thérapeute, ils ont du mal à mettre des mots sur leurs émotions et se sentent injustement coupables de situations qu’ils vivent du coup avec un sentiment de honte. Leur vie sociale à l’école ne leur réserve pas que des bonnes surprises, et certains vont vite avoir le sentiment, face à un climat qu’ils ressentent comme hostile, qu’ils sont en danger. Ce peut être comme pour Jules l’agressivité d’un enfant, ce peut être l’impatience d’une enseignante, ou encore un sentiment d’impuissance face à des apprentissages laborieux.

    Mais il n’y a pas qu’à l’école que leur sentiment d’insécurité peut être ébranlé. En famille aussi, et là encore sans forcément de grands drames, un enfant peut se sentir insuffisamment protégé. Les rapports fraternels, hélas pour les parents qui rêvent d’harmonie, ne sont pas toujours tranquilles. Mais ils sont parfois franchement mauvais, en tout cas, vécus par l’un ou par l’autre de façon plus persécutante qu’il n’y parait. Et là encore, le silence et l’incompréhension de l’entourage, renforcent leur insécurité intérieure et génèrent une souffrance psychique.

    Face à un enfant qui se renferme, est triste, ou s’exprime trop souvent par des explosions de colère, sans raison apparente, il faut essayer de trouver du temps pour amorcer un dialogue calme et rassurant.  Lui expliquer par exemple, que les parents ne peuvent pas tout deviner, mais qu’ils peuvent, en revanche, tout entendre, émettre parfois des hypothèses, et ainsi restaurer la confiance qui lui redonnera le sentiment apaisant d’être protégé et en sécurité.

     

    Béatrice Copper-Royer

    Le monde .fr

    Allô maman bobo : « Comment on fait pour être Dieu ? »

    Derrière la question du petit dernier, ne cherchez pas la vocation, mais plutôt la frustration.

    Par Marlène Duretz, M Le Mag

    Cette question d’Anaël, 7 ans, tombe comme un cheveu sur la soupe du dîner dominical. « Nom de Dieu »,marmonne sa grand-mère tandis que son père est tenté de lui répondre un « Dieu seul le sait ». Anaël n’a reçu aucune éducation religieuse, tout au plus a-t-il parcouru Dis pourquoi il y a plusieurs religions ?, de Sophie de Mullenheim (Deux Coqs d’Or, 2014). Rien de surprenant à son interrogation, estime Béatrice Copper-Royer, psychologue clinicienne spécialisée dans l’enfance et l’adolescence, à un âge où sa curiosité intellectuelle est grande et ses questionnements existentiels nombreux.

     

    « ETRE DIEU OU UN SUPER-HÉROS, C’EST VOULOIR METTRE FIN À SON SENTIMENT D’IMPUISSANCE. C’EST AUSSI CHERCHER UNE PARADE À SES CRAINTES. » BÉATRICE COPPER-ROYER, PSYCHOLOGUE

     

    Toutefois, il convient de comprendre les motivations qui le poussent à vouloir incarner ou s’identifier à cet Etre suprême, comme aux super-héros de ses livres et dessins animés. « Dieu est à ses yeux un personnage doté de pouvoirs extraordinaires et magiques, puissant et, surtout, invincible, qui régit le monde et n’en fait qu’à sa tête. Sa requête renvoie à une réflexion sur ses propres limites, considère la psychologue. Cet enfant est d’ailleurs bien plus anxieux que prétentieux. Etre Dieu ou un super-héros, c’est vouloir mettre fin à son sentiment d’impuissance et de frustration. C’est aussi chercher une parade à ses craintes. »

    En position d’infériorité, de vulnérabilité et/ou de dépendance, il cherche à dépasser le cadre étroit et insatisfaisant de son quotidien. C’est un enfant qui veut choisir sa place et pas n’importe laquelle ! « Il n’a pas pour autant une haute estime de lui-même, bien au contraire, selon la psychologue. Dans tous les cas, l’image qu’il a de lui, ou que les autres lui renvoient, ne correspond pas à son idéal. » Devenir Dieu ou un super-héros reviendrait pour lui à s’arroger une puissance qui lui fait défaut et qui l’aiderait à se sortir d’une situation qui le blesse ou lui pèse, à échapper à une grande sœur ou un camarade qui le malmène, le domine, le contraint…

    Au parent de débusquer ce que l’aspiration de son enfant dissimule – à quoi cela lui servirait d’être Dieu, qu’en ferait-il, que changerait-il de lui, des autres ou de son environnement ? – et de le ramener dans la réalité, conseille Béatrice Copper-Royer, « dans le fait que personne ne peut être Dieu et que les super-héros sont bel et bien fictifs : aucun individu sur Terre n’est par ailleurs tout-puissant ».

    « L’enfant doit pouvoir accepter de composer avec des moments de frustration, de désillusion, de déception, poursuit la psychologue, et considérer qu’il ne peut pas être toujours satisfait de son sort et de ses relations à l’autre. » Une fois que l’objet de sa frustration est connu, l’enfant, avec l’appui de son parent, pourra y remédier, le dépasser ou, faute de l’éclipser complètement de son quotidien, tout au moins l’atténuer. Et sans avoir à être Dieu, Superman ou sorcier à l’école Poudlard.

    La patience.

    Une vertu à cultiver en famille

    Celui-ci a 6 ans. Cette année de CP lui avait été annoncée comme un grand et beau moment de découverte. L’été dernier il commençait à déchiffrer et c’était le roi du monde. Mais… patatras, le voilà devant moi, tête baissée, buté, fermé. » Dès qu’il rate il se bloque et ne veut plus rien faire » me dit sa mère, elle même alertée par sa maîtresse. Celui-là n’a que 5 ans. En grande section de maternelle il apprend à écrire. Mais c’est difficile. Bavard et vif, l’écriture ce n’est pas son point fort…alors il s’énerve et déchire sa feuille.

    Ni l’un ni l’autre n’ont compris qu’apprendre cela n’allait pas de soi et qu’il n’y aurait rien de magique, hélas, mais un parcours parfois laborieux où il faut être patient et supporter la frustration de ne pas réussir du premier coup !

    La patience ne va pas de soi.

    Le nourrisson déjà hurle et s’époumone quand la tété se fait attendre,  et sa mère, toute à l’écoute, se précipite pour répondre à sa demande. Quoi de plus normal. Mais certains enfants continuent de se comporter comme ces nourrissons, exigeant sans délai l’attention parentale. Ils coupent la parole, harcèlent, occupent le terrain jusqu’à obtenir ce qu’ils veulent. Tout de suite ! On ne leur a pas appris l’attente et la patience. Tout est urgence !

    Beaucoup sont à bonne école et se plaignent de l’impatience parentale :  » Si  on fait pas ce qu’elle veut tout de suite elle s’énerve  » dit cette fille de 9 ans, qui se plaint de l’impatience de sa mère.  » Je ne veux plus travailler les maths  avec papa, il crie tout de suite, et du coup je comprends rien » soupire ce garçon de 12 ans.

    Pour les parents non plus la patience ne va pas de soi. Et les devoirs du soir sont particulièrement propices à vriller les nerfs des impatients qui regretteront bien vite leurs paroles blessantes.

    Aujourd’hui, plus que jamais, tout doit aller vite, très vite, toujours plus vite. Internet fausse notre rapport au temps et tord le cou à la patience. D’un clic on a l’info, la commande, la discussion, la rencontre…vous ne répondez pas sur le champ à un mail et c’est la panique. Quant aux enfants et aux adolescents, vissés  sur leur tablette, ils trouvent tout à fait naturel, car ils n’ont connu que cela, de voir leurs désirs satisfaits dans l’instant !

    Alors quand l’énervement gagne, du plus petit au plus grand, que les portes claquent, que chacun s’emporte,  il serait sage de convoquer sur la scène familiale,  cette belle vertu  qu’est la patience.

    Beatrice Copper Royer

    Le monde.fr

    Garde alternée, recomposition familiale, les plus petits s’essoufflent…

    Les enfants, de plus en plus jeunes, avant 5/6 ans, sont confrontés à la rupture du couple de leurs parents. Pour les adultes, et tant mieux pour eux, elle ne se passe pas forcément dans le drame et une guerre acharnée. Elle se fait correctement, rapidement,  » à l’amiable » pour reprendre la formule consacrée. Et des accords sont trouvés pour la résidence des enfants. Beaucoup s’accordent sur une résidence alternée, car dans ce contexte consensuel de plus en plus de pères souhaitent garder auprès de leurs enfants une place à part entière et les mères sont heureuses de ce partage qui les soulage et leur laisse un peu de liberté. Les plus grands y trouvent leur compte, en râlant un peu parfois de devoir « déménager » chaque semaine.

    Mais les petits, qui suivent la cadence, s’essoufflent et expriment par des symptômes leur difficultés à s’adapter à une situation qui convient à tout le monde sauf à eux…

    Les parents d’Iris, 5 ans, se sont séparés quand elle avait deux ans. En trois ans cette petites fille a déménagé deux fois, changé d’école, et alterne une semaine chez son père, une semaine chez sa mère. Ses deux parents sont heureux dans leur nouvelle vie et s’entendent bien. Quand elle est chez son père, Iris retrouve sa nouvelle compagne et un petit frère de quelques mois, quand elle est chez sa mère, elle partage le quotidien de son beau père et de trois enfants plus âgés qu’elle.

    « Tout va bien », « on s’entend tous bien « disent ses parents qui ne comprennent pas du tout pourquoi cette petite fille s’oppose à peu prés à tout le monde, mais surtout à sa mère, pleure souvent et se réveille la nuit. Et pourtant elle va rapidement exprimer dans ses dessins et dans certains de ses propos, que si « pour les grands » tout roule à merveille, pour elle, haute comme trois pommes, il en va tout autrement ! Car l’adaptation à tous ces changements est un très gros effort pour une si jeune enfant. Quitter chaque semaine depuis ses deux ans, une « maison », pour une autre maison, n’est pas simple car la maison représente pour l’enfant petit une enveloppe sécurisante. Il se rassure de ses repères familiers, qui le protègent et font écran, aux angoisses d’abandon qui sont si fréquentes chez les petits.

    Et puis on lui demande aussi de s’adapter et de s’entendre avec les conjoints de ses parents. Ce n’est pas toujours évident, car quand on est très petit et aux prises avec des émotions déjà ambivalentes vis à vis de ses parents, la tentation est forte de s’opposer pour montrer qu’on existe et que l’on ne trahit pas l’autre parent.

    Enfin il lui faut aussi partager sa mère, qu’elle quitte déjà une semaine sur deux, avec d’autres enfants : rivalité, franche jalousie, rarement en sens unique, antipathie. Il n’y a franchement aucune raison pour que tout soit fluide et lisse. Aucune raison pour que l’on baigne dans l’harmonie familiale décrite par ses parents. Bien sûr cette petite fille, comme beaucoup d’autres du même âge, qui vivent plus ou moins la même chose, va finir par s’adapter, et peut être même en tirera-t-elle un jour des bénéfices et du bien être. Mais ne peux-t-on pas lui accorder un peu de temps ? Ce serai bon pour elle que les adultes alentour, lui reconnaissent le droit de trouver cela compliqué, voire douloureux. Sans tout lui passer pour autant, et céder à ses moindre caprices, faire preuve d’un peu d’empathie, de compréhension lui ferait le plus grand bien. Plutôt que de lui répéter que « tout va bien, » cela lui montrerai qu’on lui accorde le droit de penser et de ressentir des émotions différentes de celles des adultes. Toute seule elle a le plus grand mal à les identifier et elle ne trouve son mode d’expression que dans la plainte et l’opposition.

    Béatrice Copper-Royer

    Le Monde.fr

    Internet et les enfants, une éducation nécessaire.

    Internet a fait irruption avec force sur la scène familiale depuis longtemps déjà. Avec ses côtés formidables, dont on a du mal à imaginer que l’on pourrait se passer. Mais aussi pour les enfants des dangers et des aspects pervers qu’on ne peut ignorer.

    Il n’est pas question d’enfermer les enfants dans une tour d’ivoire pour les mettre à l’abri et les tenir à l’écart de tout.

    Mais en tant que parents, en tant qu’adultes responsables, en charge de les protéger et de les aider à grandir, c’est à nous de discerner ce qui va dans le sens de leur épanouissement affectif et intellectuel, et ce qui, à contrario, loin de les faire grandir, risque de leur faire du mal.

    On ne peut pas faire l’impasse, quand on élève des enfants aujourd’hui, d’une éducation à internet et à l’usage des écrans. 

    Je suis toujours surprise de constater, malgré les années qui passent, combien encore un très grand nombre de parents sont peu conscients des dangers que leurs enfants encourent, à surfer sans contrôle sur la toile, et sans aucun dialogue avec eux sur la question.

    Quand avec la journaliste Catherine Firmin Didot, nous avons écrit « Lâche un peu ton ordinateur », en 06, donc cela fait 10 ans, 72% des parents ignoraient ce que faisaient leurs enfants sur internet. Autant dire une écrasante majorité.

    A l’époque, et il me semble que ces temps-là ont changé, les enfants étaient presque majoritairement les experts de la famille. Ils maniaient beaucoup mieux la souris que leurs aînés et leur venaient souvent en aide. Je me rappelle que nous pensions alors, que les choses évolueraient sûrement et que les jeunes parents, eux-mêmes habitués à vivre avec internet, le maitrisant parfaitement, dans leur vie personnelle comme dans leur travail, seraient des parents avertis et vigilants.

    Et bien nous étions un peu optimistes…

    Car si j’en crois ce que j’entends en consultation et les témoignages qui arrivent à l’association « e-enfance », notamment via son numéro vert Net écoute , il y a encore un peu de pain sur la planche et un gros travail d’information à faire.

    Ce qui a compliqué les donnes depuis 06, pour le suivi des enfants, c’est qu’internet n’est plus seulement accessible depuis un ordinateur, mais que l’on s’y connecte depuis des smartphones et des tablettes.

    Or des smartphones et des tablettes, des enfants y ont accès, seuls, parce qu’ils en possèdent, alors qu’ils sont encore à l’école primaire.

    C’est un peu comme si on leur donnait une grosse cylindré alors qu’ils n’avaient pas l’âge de conduire !

    Donc une des premières règles que les parents pourraient se fixer, serait de ne pas donner à des enfants, avant 13 ou 14 ans, des mobiles qui leur permettent d’accéder seuls à internet. Entre 8 et 12 ans, un âge où ils veulent souvent grandir plus vite que la musique, l’accès à internet doit se faire sous la surveillance d’un adulte, qui doit savoir ce qu’il regarde, depuis combien de temps et qui jette un coup d’œil de temps en temps sur l’écran. D’ailleurs sa simple présence dans les parages de l’enfant lui signifiera que l’adulte est vigilant. A ces âges il n’y a aucune raison qu’ils aillent sur les réseaux sociaux. Là encore, sans tomber dans une dramatisation qui n’a pas lieu d’être, on peut les faire patienter et leur dire qu’il y a des limites d’âge et que l’on tient à ce qu’ils les respectent. Patienter et supporter un peu de frustration aident les enfants à grandir…même s’ils râlent !

    Leurs aînés font de la fréquentation des réseaux sociaux une de leurs activités principales. Ils vont essentiellement sur Snapchat, Instagram et Facebook. Dans un mouvement narcissique assez naturel à leur âge, ils postent beaucoup de photos d’eux et font des commentaires sur les uns et sur les autres. Rien de bien méchant  certes !  Mais encore faut-il qu’ils aient la maturité de réfléchir à ce qu’ils postent et à ce qu’ils disent, ce qui est loin d’être toujours le cas.

    Car avec internet, l’adolescent est dans l’instantané et dans le virtuel.

    L’instantané colle parfaitement avec l’impulsivité qui les domine à ces âges.et avec l’agressivité qui monte en force avec la puberté. Alors ils se lâchent « pour rigoler » disent –ils. Mais aux adultes de les faire réfléchir aux  souffrances qu’elle peut susciter sur ceux qu’ils agressent, qui sont souvent les plus fragiles ! A nous de leur dire que nous ne sommes pas d’accord avec ces débordements et que s’acharner sur un plus faible, un timide, un mal dans sa peau, « un bolos » comme ils les appellent, n’a rien de glorieux.

    Quant au virtuel, moins l’adolescent est mâture, plus il est facile pour lui d’oublier que la toile est une aire de réalité. Il faut donc, avant de lui laisser un smartphone entre les mains, le lui rappeler inlassablement. Comme il faut leur rappeler qu’une fois postée, une photo, et même sur Snapchat, peut être récupérée et rediffusée.  Il faut aussi revenir avec eux sur des notions essentielles qui sont celles de la pudeur et de l’intimité, qui les protègent et que pourtant ils bafouent à longueur de journée.

    Il ne s’agit pas de diaboliser l’usage d’internet qui facilite formidablement la communication de tous. Mais n’oublions pas que, pour nos enfants, sans une éducation préalable et sans cesse renouvelée, cette communication qui ne devrait être que pour le meilleur, sera hélas surtout pour le pire.

     

    Béatrice Copper-Royer

    Le Monde.fr

    A 16 ans, être en couple ça s’impose

    "On fête nos trois mois avec Sacha ". Margot, 16 ans, que je vois régulièrement à sa demande,  m’annonce la bonne nouvelle. Sur Facebook sa photo de profil la montre avec son amoureux et son statut  » en couple », confirme qu’entre eux c’est du sérieux.

    Margot n’est pas la seule à afficher avec panache être en couple et à fêter les mois qui passent : un mois, deux mois, trois mois, pour six mois c’est la grosse fête avec les copains qui congratulent les tourtereaux.  Pas question de se tromper, d’être infidèle. Ils envisagent leur lien avec sérieux et veulent qu’ils soient reconnus de tous, à commencer par leurs amis, mais aussi par leurs parents. Si certains ont des relations sexuelles, d’autres, préfèrent attendre, mais cela n’enlève rien à l’intensité de leur histoire, à son sérieux.  Comme Margot, qui dort avec son copain, mais ne couche pas avec…l’adolescent n’en est pas à un paradoxe près, et les propos des uns et des autres nous confirment chaque jour que malgré des discours très affranchis, ils abordent encore souvent leur vie sexuelle avec appréhension.

    Ce besoin de s’afficher en couple, qui s’est franchement renforcé ces dernières années, interroge sur la peur de la solitude qui a toujours été très forte chez les adolescents. Mais qui ne fait que s’accentuer. Nés avec internet et les réseaux sociaux, branchés à leur smartphones depuis qu’ils ont dix/onze ans, cette génération d’adolescents semble ne plus supporter du tout d’être tout seul. Habitués à communiquer tous azimuts, a s’envoyer des photos, à fréquenter dès le début du lycée les sites de rencontre, ils se rassurent au quotidien : il y a du monde, ils ne risquent pas de se retrouver face à face avec eux mêmes…Celui,ou celle, qui se retrouve  » célibataire » va assidûment regarder sur Tinder ou Happn s’il y a un profil qui lui convient ou si le sien a été « liké » et combien de fois.

    Je crois que cette peur de la solitude a aussi été renforcée par une angoisse de séparation forte, mais le plus souvent inconsciente,  d’avec les figures parentales. Les ruptures amoureuses, parfois successives de leurs parents, n’y sont pas pour rien, car elles leur ont demandé de s’adapter à des changements pas toujours faciles. Ils leur ont souvent donné à voir la détresse d’un père ou d’une mère en plein marasme affectif, plus très à même d’être rassurant et cherchant plutôt à être rassuré…

    Mais l’angoisse de séparation est aussi renforcée par la peur que bien des parents ont, de voir leurs enfants s’éloigner d’eux, comme s’il s’agissait d’un mauvais coup. La précarité du lien conjugal, que tout le monde reconnaît, renforce le lien affectif aux enfants.  » le départ de Romain en pension, je le vis comme une catastrophe », me dit en pleurant cette mère en plein divorce, dont le fils de 16 ans a décidé de s’éloigner un peu du conflit parental.

    Alors, comme il faut bien quitter l’enfance, devenir autonome et voler de ses propres ailes, ils prennent appui sur leur  » partenaire » et  » en couple » se donnent du courage pour avancer vers leur vie d’adultes.

     

    Beatrice Copper Royer

    Le Monde.fr

    Refus alimentaire, phobie alimentaire, de la peur des parents à la peur des enfants.

    Entre parents et enfants, la question des repas, les rapports à l’alimentation peuvent être complexes. Dès les premiers mois, les premières semaines, la façon dont va s’alimenter le nouveau né est au cœur des préoccupations des parents. S’il prend bien le sein ou boit paisiblement ses biberons, les parents sont heureux et tranquilles. Si cela se passe moins bien, une anxiété peut vite s’installer, notamment chez les mères à qui ce bébé qui rechigne à se nourrir va renvoyer l’image d’une mauvaise mère, surtout s’il s’agit d’un premier né. Bien sûr ces difficultés peuvent être en lien avec un vrai souci de santé à élucider, mais ce n’est pas toujours le cas et les pédiatres savent bien alors qu’il faut surtout écouter l’inquiétude parentale et dédramatiser la situation.

    Dans la petite et la grande enfance, nous rencontrons souvent des enfants, des filles comme des garçons, qui  ont des rapports compliqués à la nourriture : Victor, 5 ans n’a jamais mangé ni fruits ni légumes. Il accepte les pâtes, le riz, les frites. Il ne mange ni viande ni poisson, mais accepte jambon et poulet. Iris, qui va avoir 4 ans, ne mange que de la purée et des compotes. Elle ne supporte aucun morceau. Zélie qui elle aura bientôt 7 ans ne mange que des légumes crus, carottes, tomates, des steaks hachés, des nuggets et du ketchup. Leurs parents consultent car ils s’inquiètent du retentissement de ces comportements. Certains s’angoissent vraiment, en parlent beaucoup, sans en venir à bout, d’autres sont très tolérants face à ces refus, voire ces phobies. Ces enfants bénéficient la plupart du temps d’un menu à part qui tient compte de leurs exigences. Comme dans tout système phobique, l’évitement renforce la peur de goûter l’aliment diabolisé. Il maintient à coup sûr le dégoût  !

    Au cours de nos entretiens avec les parents, on constate que leurs réactions de tolérance ou d’intolérance sont en lien avec leur propre histoire. Le père de Zélie se rappelle avec effroi les longues heures passées devant son assiette, qu’il était contraint de finir sous peine de punitions. Il se fiche des exigences de sa fille, contrairement à sa femme que cela angoisse. Ils comprendront assez vite que Zélie  a saisi cette belle occasion de faire alliance avec son père pour s’opposer à sa mère et qu’il serait urgent qu’ils s’accordent avant que l’adolescence ne vienne compliquer encore un peu les donnes. La mère d’Iris évoque ses propres difficultés face à la nourriture, allant de régime en régime depuis l’adolescence, alternant des périodes de grande privation avec des périodes d’excès. Nourrir sa fille n’a jamais été simple et on la sent très perdue et ambivalente face à la phobie de sa fille qui refuse de manger des morceaux.  Son angoisse est renforcée par les critiques de sa propre mère qui dramatise d’autant plus la situation.  Les enfants qui sont des vrais éponges comprennent vite, même s’ils n’en ont pas conscience, les enjeux de leur comportement alimentaire quand il résonne de façon angoissée dans la tête de leurs parents et surtout, il faut bien le reconnaître de leur mère. Et cela se renforce à l’adolescence. Les filles et leurs mères jouent là une partition délicate… Les unes et les autres prises bien souvent dans la dictature de l’image parfaite du mannequin longiligne, peuvent se heurter, se confronter sur ce terrain là. Je ne parle pas des troubles majeurs du comportement alimentaire, anorexie et boulimie dont les causes sont multiples, mais de cette anxiété autour de  » manger, pas manger, bien manger »qui est si fréquente. Une mère prend rendez vous car dit-elle  » je suis sûre qu’avec quelques kilos en moins ma fille serait mieux dans sa peau ». Sa fille, une adolescente de 16 ans qui me dit  » ma mère est obsédée par les kilos, je vois bien que ça l’énerve quand je remplis trop mon assiette, mais elle m’énerve tellement que, même si j’en ai pas vraiment envie, je le fais quand même ». On voit aujourd’hui un grand nombre de mères très préoccupées  par l’idée de  » manger sain » qui du coup diabolisent certains aliments, renforçant l’attirance de leurs enfants pour ce qu’elles considèrent comme toxiques. Celle-ci enrage de trouver sous le lit de sa fille les boîtes de gâteaux ou les paquets de bonbons qui n’ont en aucun cas droit de cité à la maison…

    Face à des enfants dont le comportement alimentaire est compliqué, dominé par des dégoûts,  des refus, des obsessions, il est toujours utile de réfléchir avec leurs parents sur ce que cela fait résonner en eux. Et l’on constate souvent que les projections inconscientes sont fortes et se répètent parfois de génération en génération.

     

    Beatrice Copper Royer.

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    Divorcer sans juge.

    Une polémique légitime.

    Décidément notre société veut que tout aille vite, toujours plus vite… L’idée lancée par la commission des lois de ne plus passer devant le juge pour divorcer s’inscrit dans cette logique. Le notaire sera là pour entériner et acter le protocole proposé par les intéressés. A supposer bien sûr qu’ils se soient mis d’accord pour « liquider » leur vie commune.

    Un grand nombre de couples en instance de séparation organise déjà avec un notaire les dispositions qui concernent le partage de leurs biens. S’ils sont d’accord pour les mesures qui concernent la résidence de leurs enfants quand ils en ont, le juge aux affaires familiales n’a plus qu’à statuer sur ce projet. Et il va souvent le confirmer. Il n’empêche que ce passage devant le juge est une étape importante qui va officiellement mettre le mot « fin », à une histoire qui avait bien commencé, parfois en grande pompe, et toujours dans l’allégresse,  devant la famille, les amis, les témoins et monsieur ou madame le maire. Bien sûr il faudrait être naïf pour penser qu’amour rime avec toujours, mais qui s’engage dans la voie du mariage sans rêver  qu’il durera ?  N’est-on pas toujours convaincu de réussir là où beaucoup échouent ? Solder l’échec d’une union qui reste très solennelle par une démarche banale, comme lorsque l’on vend ou que l’on achète un bien, n’est ce pas un peu contradictoire ? Plus rien ne devrait être grave, avoir de l’importance. Déjà je suis frappée de constater à quel point les personnes endeuillées sont priées de ne pas trop s’étendre sur leur peine….vite vite vite passons à autre chose. Les médias nous émeuvent un jour avec des drames terribles mais vite fait bien fait, passer les quelques heures d’émotion intense, on tourne la page. Se séparer d’un conjoint après des années de vie commune est bien sûr  d’une grande banalité, puisque cela touche un très grand nombre de couples, mais reste toujours un événement intime majeur.Et qui mérite qu’on lui accorde un peu de temps, un peu de solennité. Ce n’est pas rien. Il y a quand même beaucoup de souffrances en jeu, de déceptions, de frustrations., de peurs. Certains sont mieux  » armés » que d’autres. Mieux conseillés aussi. Liberté certes, mais pas égalité ! Car il y en a de plus fragiles, de plus désespérés parfois. Ne pouvons nous pas leur accorder le droit de ne pas trouver cet événement anodin. Le détour par un juge aux affaires familiales et le temps pris pour cette démarche les autorisent peut être à penser que ce n’est pas rien…

    A entendre les enfants et les adolescents au jour le jour, évoquer les séparations et les divorces de leurs parents, une chose est certaine, pour eux cet événement n’a rien de banal ! Ils ne sont pas voués au malheur pour autant, ni au déséquilibre psychique bien sûr, mais tous en parlent avec une émotion vive et sincère, même des années plus tard.

     

    Beatrice Copper Royer.

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    Vacances: Premier départ en solo...

    Les vacances sont presque là. C’est parti pour deux mois d’été et de liberté qu’il va falloir organiser. Car si les enfants se réjouissent de cette longue pause estivale, leurs parents se creusent la tête pour planifier ces moments où eux travaillant, ils vont devoir occuper et faire garder les enfants.

    Les grands parents peuvent être un recours précieux et les plus petits en profitent souvent. Ce n’est pas toujours possible, alors quand ils grandissent, vers 7, 8, 9 ans, un séjour en colonie reste une belle alternative. Le premier départ est un grand saut dans l’inconnu qui provoque des émotions fortes chez les parents comme chez leurs enfants. Une séparation qui se doit d’être réussie pour rester une étape positive et structurante. Inutile de mettre la barre trop haute. Certains seront rassurés de partir avec un copain, ou un cousin : à deux on se sent plus téméraires et forts pour affronter un monde nouveau ! Pour un enfant de 7 ou 8 ans, huit ou dix jours suffiront pour goûter et profiter de cette expérience de « grand ».  Mieux vaut, pour une première fois, un séjour court qui laisse de bons souvenirs qu’une séparation trop longue qui sera source d’anxiété et hypothéquera les chances de vouloir repartir. Le plaisir, au contraire, d’avoir profité pleinement de ces vacances loin des parents, lui donnera confiance, renforcera son estime de soi, le fera vraiment grandir. L’enfant découvrira qu’il peut se sentir en sécurité et heureux loin des siens, ce qui ne va pas de soi ! Le séjour lui sera présenté et expliqué simplement : le nombre de jours, le cadre, les activités, qui correspondent à son âge et à ses goûts.  Les souvenirs de colo de ses proches le rassureront aussi, les enfants appréciant de faire un lien entre leur histoire et celle de leurs parents. Inutile cependant de trop idéaliser la situation, pour ne pas risquer que la réalité ne soit pas à la hauteur d’un récit imaginaire glorieux ! A l’heure du départ si l’enfant exprime de l’anxiété : pleurs, maux de ventre, ce n’est plus le moment de reculer mais d’expliquer que ces peurs sont bien légitimes et partagées par d’autres. C’est le moment aussi pour les parents de faire taire leur propre angoisse de séparation ! Car pour eux,  cette « première fois » peut être aussi source d’anxiété. Pas si facile de confier son « petit » à des inconnus, même si bien sûr ils se sont assurés du sérieux de l’accueil. Le fantasme qu’eux seuls peuvent répondre aux besoins de l’enfant est vivace, qu’eux seuls peuvent le comprendre…Un retour triomphal, avec des souvenirs enthousiastes, voir même quelques regrets d’avoir quitté trop tôt les copains tous neufs et les moniteurs dynamiques, leur rappellera que le « petit » n’est plus un nourrisson, et que les relais sont possibles sans la moindre souffrance. Une très bonne façon, s’il en était besoin,  de sortir de ses fantasmes de toute puissance ! Il sera facile alors de promettre pour l’année suivante, un séjour plus long qui réjouira tout le monde, les petits comme les grands !

     

    Beatrice Copper Royer.

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    Devoirs de vacances, une corvée nécessaire ?

    Pour les enfants les vacances sont déjà bien entamées. Une longue pause estivale qui les réjouit bien sûr et les éloigne pour un bon moment de l’école, du travail, des notes, et de tous ces apprentissages plus ou moins laborieux. Les faire travailler pendant les vacances ou les laisser absolument tranquilles, est une question que bien des parents se posent. Et ce n’est pas nouveau ! Dans une grande majorité ils entrevoient les devoirs de vacances comme une perspective pas très réjouissante mais indispensable. Une sorte de corvée incontournable !

    Bien sûr l’été est long et un peu d’entraînement évitera aux enfants, surtout les plus petits, une rentrée trop laborieuse. Mais inutile de se précipiter car il me semble important de prévoir un vrai temps de « vacance », où l’on laisse de côté toutes les questions scolaires. Les enfants ont besoin de cette liberté qui les pousse vers d’autres univers, d’autres découvertes, d’autres conquêtes, qui seront tout aussi enrichissants. C’est l’occasion pour les parents de regarder leurs enfants autrement que par le prisme scolaire. De leur découvrir des goûts,  des talents, des envies qui dessinent une personnalité que l’on ne soupçonnait pas. Le rythme de l’année scolaire est soutenu, surtout dans les grandes villes. La cadence rapide et monotone ne favorise pas toujours ce regard tranquille sur l’enfant. C’est d’ailleurs aussi l’occasion pour les enfants de voir leurs parents sous un autre jour et de partager un temps de vraie détente avec eux.

    Donc une parenthèse suffisamment longue sans travail est précieuse.  Seule exception pour les lecteurs débutants : un petit temps de lecture accompagnée à voix haute avec un adulte qui essaiera d’en faire un vrai moment de plaisir. Dans la dernière quinzaine, un cahier de vacances adapté aux différentes classes du primaire fera l’affaire. Ils sont plutôt bien faits, assez ludiques et rappellent pour chaque classe les notions essentielles. Les enfants les aiment bien. Il y aura toujours les enthousiastes qui se précipitent puis…se lassent et les persévérants ! Aux adultes d’encadrer ce moment de travail, de façon plutôt rituelle, qui évitera les discussions sans fin.

    Pour les plus grands, ceux du collège ou du lycée, une vraie pause est aussi nécessaire. Eux aussi ont besoin de cette liberté qu’ils revendiquent tant pendant l’année !  Tout dépend bien sûr de leur année scolaire. Si elle a été médiocre des devoirs corrigés dans les matières qui fâchent peuvent aider à remonter la pente. Mais pour les plus récalcitrants, ceux qui risquent de faire une résistance passive épuisante pour les nerfs de leurs parents, un stage de pré rentrée peut être une bonne solution. Cela a un coût, certes, mais a  le mérite d’être plutôt efficace.

    Bonnes vacances !

    Beatrice Copper-Royer.

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    Rentrée : Ces petits rituels qui aident à changer de rythme

    La fin des vacances approche à grands pas. La rentrée scolaire se profile à l’horizon. Les enfants, les petits comme les plus grands, à leur grand désespoir, vont devoir changer de rythme. Finis les couchers à pas d’heure, les repas décalés,  ils vont devoir remettre leurs pendules en mode scolaire. Ils ne vont certainement pas y penser tout seul, ne rêvons pas ! Il va donc falloir  s’y atteler sans attendre la veille de la rentrée des classes…

    Pour les plus jeunes, le mieux est de le faire en douceur en profitant des petits rituels qui adoucissent un peu la reprise et qui, d’année en année se répétant, ont un goût familier qui leur plait : un tour dans les rayons du supermarché où il n’y a plus ni seaux ni pelles ni maillots, mais des kilomètres de cartables, de cahiers et de crayons, sera la preuve bien concrète qu’il va falloir passer à autre chose. Sans tomber dans une consommation effrénée, la perspective d’acheter un nouveau cartable, ou une boîte de feutres, reste toujours, pour eux, réjouissante et les projette un peu sur les bancs de l’école. On peut penser à ajuster les heures des repas aux horaires habituels.  Reprendre, au moment du coucher, l’habitude de lire ou de raconter une courte histoire est une bonne idée. Elle est souvent abandonnée dans le tourbillon des soirées d’été, mais la rentrée approchant, elle les apaise et compense un peu le regret  des veillées  qui s’éternisent. Les rituels donnent des repères aux enfants, c’est pour cela qu’ils les aiment. Les plus anxieux les apprécient encore d’avantage, car c’est souvent le sentiment d’être  » perdus » qui les angoisse. Or les changements de rythme, de cadre, sont pour eux source d’inquiétude, d’agitation. Ils seront rassurés par ces petits rites qui se répètent et qui n’ont pas pour eux, bien au contraire, la monotonie qu’un adulte pourrait redouter.

    Avec les plus grands, les adolescents, qui ont profité de l’été pour savourer une liberté qu’ils revendiquent tout au long de l’année, il va falloir être clair et ferme d’emblée. Cela évitera les négociations sans fin sur les horaires de retour de soirées…Contrairement aux apparences, ils aiment bien que les adultes leur posent certaines limites, quitte à râler bien sûr. Leur cycle de sommeil s’étant inversé avec la puberté, l’idée de devoir se coucher avant l’aube, ne les réjouit pas et ils vont tenter de faire de la résistance. Il va donc falloir s’armer de patience et être inventif en cette fin de vacances, pour proposer en échange d’une fête jusqu’au bout de la nuit, une soirée en famille séduisante : regarder un film, faire un jeu ou une ballade…. L’enthousiasme ne sera peut être pas au rendez vous, mais avec les adolescents il ne faut pas trop en attendre si l’on ne veut pas être déçu. Et surtout ne pas se décourager… La persévérance est de rigueur !

    Bonne rentrée.

    Beatrice Copper Royer.

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    Dans l’imaginaire du jeune enfant la peur des terroristes a remplacé la peur des voleurs.

    Les peurs et les phobies sont particulièrement fréquentes et nombreuses chez l’enfant entre 3/4 ans et 6/7 ans. C’est à dire au cours de cette période de son développement, la période œdipienne, où il est aux prises avec des sentiments complexes et ambivalents vis à vis de ses parents, qui l’angoissent : Le petit garçon fait tout pour susciter la tendresse de sa mère, mais craint la compétition que cela entraîne vis à vis de son père. La petite fille, quant à elle fait ce qu’elle peut pour charmer son père et redoute le sentiments de rivalité et l’agressivité qu’elle peut éprouver à l’égard de sa mère. Cette angoisse, dite angoisse de castration, est à l’origine d’une foule de sentiments plein de contradiction, de culpabilité et de peur de la sanction. L’enfant va donc tout mettre en œuvre pour les tenir à distance et les enfouir  au plus profond de son inconscient. C’est souvent un moment où l’enfant est pénible, exigent, insatisfait, coléreux.

    La phobie va occuper une place privilégiée chez lui à ce moment là car elle va lui permettre de déplacer cette angoisse obscure, vers un objet ou une situation précise. Elle a donc une fonction structurante. On trouve dans le quotidien des consultations psychologiques pour enfants, de multiples exemples de ces peurs. Ainsi la peur du noir est-elle des plus banales chez l’enfant entre 3 et 5 ans.

    C’est un peu plus tard vers 5 ans qu’apparaissent dans la vie fantasmatique des enfants des personnages un peu monstrueux, voleurs, sorcières, fantômes, loups, qui vont empêcher un coucher tranquille et rapide….Depuis les attentats de 2015, les terroristes, chez un grand nombre d’enfants, ont remplacés ces visiteurs inquiétants et leur probable rencontre les inquiète au plus au point.  Les enfants ont vu des images, entendu des propos, senti l’inquiétude générale et les ont absorbés comme des éponges. Leur imaginaire, tout puissant à ce moment là, leur permet de penser que, tout comme l’ogre et le voleur, les terroristes vont venir les attaquer chez eux.  D’où une difficulté à se coucher ou à s’endormir sans la présence des parents qui se préparent de rudes soirées. En réalité, il faut entendre que ce qui se joue à ce moment là, c’est une difficulté à se séparer des adultes, dans un désir de prendre toute la place, d’occuper le terrain le plus longtemps possible.

    L’attitude des parents au début de ces manifestations, « ordinaires » quand il s’agit d’un enfant de cet âge, est déterminante pour la suite. Il est clair que la plus grande cohérence est nécessaire pour que les choses rentrent rapidement dans l’ordre et qu’une attitude compréhensive, affectueuse mais ferme, est indispensable. Un gros câlin, quelques petits rituels rassurants et on se dit au revoir jusqu’au lendemain. Mais l’évocation des terroristes, et les petits l’ont vite compris, fait raisonner l’angoisse des parents et leur inquiétude que leurs enfants soient durablement marqués par les événements. Leur attitude du coup est moins claire. Ils redoutent de passer à côté d’un vrai traumatisme…Cette incertitude les rend moins rassurants et fait que les choses s’éternisent.  Inquiets, mais aussi fatigués de ces soirées de crises, ils consultent. Dans la grande majorité des cas nous pouvons leur expliquer ce qui est en train de se jouer. Et heureusement tout rentre rapidement  dans l’ordre.

     

    Beatrice Copper Royer.

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    Les devoirs du soir sont source d’inégalités .

    Le harcèlement à l’école, parlons en

    Les devoirs du soir au collège ne sont pas seulement un casse tête pour les familles, ils sont aussi et surtout une source d’inégalité criante pour les élèves.

    Personne ne peut nier que, en France, la réussite scolaire des élèves au collège, dépend de la qualité de leur travail du soir. Les leçons doivent être comprises et apprises, les exercices doivent être faits.  La simple présence en classe, au milieu de 30 élèves, dont beaucoup sont turbulents, ne suffit pas à acquérir les connaissances. Certes, certains ont acquis une belle autonomie qui leur permet de prendre en charge, sans soutien, le travail qu’ils doivent faire, le soir, en rentrant chez eux. Motivés et matures, ces élèves ont compris et accepté dés le primaire une règle du jeu indiscutable. Mais pour une grande majorité d’élèves le soutien d’un adulte dans l’organisation de ce travail du soir est nécessaire. Sinon ils ne le font pas ou mal, et les conséquences ne tardent pas à arriver : notes médiocres ou mauvaises,  remarques désagréables des enseignants, perte de confiance en soi, désarroi des parents.

    On reçoit souvent ces élèves en consultation : mal dans leur vie de collégien, les résultats en berne, la confiance à zéro, parfois la peur au ventre !

    Pour des raisons différentes, ces enfants n’ont pas compris ou ne veulent pas comprendre le besoin impérieux dans notre système scolaire de travailler le soir. De toutes les façons, ils n’y arrivent pas tout seul !  À leurs parents donc, après une journée de travail, de retour chez eux souvent tard, d’assurer ce suivi scolaire. Fatigue en vue et énervement assuré même pour ceux qui ont de la patience et qui sont capables de le faire ! D’autant que les enfants trouvent là un formidable terrain d’opposition et une manière clairement efficace d’occuper le terrain et de se rappeler à leur bon souvenir !

    Selon le profil des familles ( famille monoparentale, famille nombreuse, enfant unique, famille recomposée), l’histoire personnelle des parents (leur passé scolaire, leur niveau d’études, le pays où ils ont étudié,) leur rythme de travail, leur état de santé, ce soutien sera efficace ou nul. Les familles favorisées vont chercher des relais pour pallier aux difficultés et vont soutenir leurs enfants par des cours particuliers. Ce qui peut avoir un effet bénéfique Bien sûr, mais peut aussi parfois transformer certains élèves en consommateurs passifs, incapables de réfléchir seul , et désemparés devant la solitude de la feuille blanche.

    Pour les familles qui ne peuvent ni assurer personnellement le soutien, ni avoir recours à des aides coûteuses, le risque est immense de voir les enfants sombrer et décrocher.

    On est loin, très loin de l’égalité des chances ! C’est d’ailleurs ce que nous rappelle le conseil national de l’évaluation scolaire (Cnesco) soulignant notre triste record : en matière scolaire la France est le pays le plus inégalitaire de l’OCDE. On préférerait d’autres performances !

    Il faudrait donc que les lignes bougent vraiment et que ce travail du soir soit fait, au collège, après les cours, dans un système d’études assistées. C’est la mission que s’est fixée l’association Zupdeco, qui met en relation des étudiants bénévoles avec des élèves en difficultés. Elle intervient déjà, avec succès, auprès d’une centaine de collégiens et lance un manifeste  » dites non aux devoirs à la maison, oui aux devoirs à l’école ».

    S’il y a bien une cause qui me paraît intéressante à soutenir c’est celle la. Espérons qu’elle sera entendue.

     

    Beatrice Copper Royer

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    L’éducation nationale se mobilise pour lutter contre un fléau moderne : le harcèlement scolaire. Il aura fallu attendre quelques drames, des suicides d’adolescents, garçon ou fille, victimes de l’agressivité déchaînée de leurs pairs, pour que les adultes en charge de ces jeunes réalisent que ce n’était pas rien…..

    Car longtemps la parole de ces adolescents n’a pas été entendue par les surveillants qui étaient les premiers à être sollicités par les élèves maltraités. Manque d’informations, manque de formation aussi.

    L’agressivité des élèves entre eux a toujours plus ou moins existé. Les cours de récréation n’ont jamais été des havres de paix, surtout au collège, où les filles et les garçons en plein début d’adolescence, se cherchent, se jugent, s’évaluent. Plus ou moins bien dans leur « nouvelle peau », ils se sentent vulnérables et pour se protéger ou se soulager, agressent. Pas n’importe qui bien sûr, mais la cible la plus facile : celui ou celle qui va être repéré sans défense : le timide, le discret, le fort en thème, le trop gros, celle qui n’a pas la bonne tenue…Plus la victime sera démunie et effrayée par les attaques, plus elles vont s’amplifier, donnant au « bourreau » un pouvoir très jouissif !  Aujourd’hui la souffrance est d’autant plus forte que les attaques sortent de l’enceinte du collège, du huis clos des salles de classe. Internet, via les réseaux sociaux agit comme une caisse de résonance tonitruante. Les injures s’étalent sur la toile et se répandent à l’infini, rendant l’humiliation encore moins supportable.

    Heureusement les choses évoluent doucement mais sûrement et comme souvent ce sont les associations qui font bouger les lignes. e-enfance, avec le soutien de l’éducation nationale intervient sur le terrain. En 2015, ce sont 260 établissements scolaires dans 41 départements  qui ont reçu la visite de ses formateurs qui sont là pour informer et mobiliser éducateurs et élèves.  1780 interventions ont permis de sensibiliser 50.000 jeunes, 60 actions d’information à destination de 4800 parents et 25 formations pour 2000 professionnels de l’éducation ont été aussi mis en place. Son numéro vert net écoute ( 0800 200 000), est à la disposition des familles qui en ont besoin.

    Tout ce travail, ainsi qu’une forte mobilisation médiatique, commence à porter ses fruits puisque une enquête internationale HSBC indiquerait une baisse de 15% du harcèlement scolaire au collège depuis 2010.

    Réjouissons nous de cette bonne nouvelle mais restons vigilants et toujours attentifs à la parole de l’enfant.

     

    Beatrice Copper Royer

    le Monde.fr

    Famille sans dessus dessous !

    La comédie « Papa ou Maman » 2, bien ficelée, bien enlevée, « drôlement » bien jouée par Marina Foïs et Laurent Laffite nous fait bien rire.  Et l’on comprend pourquoi ! Comme toutes les bonnes comédies elle grossit à la loupe des situations familales dans lesquelles  certains vont se reconnaître ou reconnaître l’un des leurs : divorces, séparations, garde alternée, emprise sur les enfants ou enfants maîtres chanteurs profitant du chaos ambiant, il est clair qu’on est dans l’air du temps.

    Moins drôle dans la vraie vie que sur les écrans.

    Car pour des enfants, et même si bien sûr ils s’en remettront, et même si leur parents se séparent « correctement », la séparation des parents n’est jamais banale. Les adultes voudraient, pour les rassurer, le leur faire croire, mais cela ressemble plus à une façon de se rassurer eux mêmes. Car ces discours banalisant à outrance musellent les  peurs et la tristesse des enfants qui les ravalent et les expriment par des symptômes anxieux : « Papa et maman me disent que c’est pas grave parce qu’ils seront plus heureux » m’explique un enfant de 8 ans qui essaie de s’adapter comme il peut aux changements que cela induit dans son quotidien : déménagement de son père et garde alternée essentiellement.  » Mais quand je suis chez Maman j’ai envie de voir Papa et quand je suis chez Papa , Maman me manque ».  Et oui, et le fantasme de les voir réunis à nouveau peut durer très longtemps. Certaines séparations sont carrément violentes pour les enfants car ils sont directement l’enjeu du conflit : Tous les psy en sont témoins, on peut assister à des guerres sans merci où le but de la bataille consiste à  soustraire l’enfant  à  l’autre. Et l’enfant, qui a du mal à comprendre la complexité des rapports de couple et ce qui peut se jouer dans une séparation, rallie le parent qui a le plus d’emprise sur lui et s’oppose, parfois avec virulence, au coupable désigné. Une attitude toxique, qui l’empêche de se construire tranquillement et dont il va faire les frais.

    Certains adolescents profitent à fond de ces situations où les adultes leur renvoient une image floue de leur autorité et prennent le pouvoir.  Comme cette ado de 13 ans qui règle son compte à sa mère en faisant alliance avec son père, complice de cette fronde et trop heureux d’avoir le beau rôle ! Il est fort à parier qu’il ne savourera pas longtemps cette petite victoire, car le jeu de séduction de sa fille finira par la lasser, voire l’angoisser. D’autres deviennent les confidents privilégiés de leurs parents : les rôles s’inversent, ils consolent, rassurent, conseillent des parents déboussolés qui n’ont plus de jugement et ont depuis longtemps perdu de vue que les enfants n’étaient pas des grandes personnes, même quand ils avaient 14 ans !

    Drôle d’époque où l’on n’a jamais été aussi attaché à ses enfants mais où paradoxalement on se met bien peu à leur place. Familles sans dessus dessous qui inspirent avec bonheur les différents scénaristes qui en font des comédies  à succès, qui nous font rire, ne boudons pas notre plaisir, mais qui sont aussi le reflet d’un tumulte familial dont les enfants peuvent payer le prix fort.

    Beatrice Copper Royer.

    Le monde.fr

    Cette année, parents et enfants,

    on a tous envie de croire au Père Noël

    Dernière ligne droite avant le réveillon de Noël.

    Les retardataires courent les boutiques à la recherche des derniers cadeaux, les anxieux comptent et recomptent sur leurs doigts pour voir s’ils n’ont oublié personne. Les gourmands fignolent leur menu. Les radins font des additions et les plus dispendieux font chauffer leur carte de crédit, en se disant : on verra bien ! Dans les maisons, les guirlandes du sapin clignotent pour la plus grande joie des enfants qui s’agitent dans tous les sens. Les plus grands cherchent les indices qui pourraient les mettre sur la piste des paquets qui leur sont destinés et les petits, les yeux chaque jours plus brillants, attendent le Père Noël, descendu enfin de son pays lointain, qui viendra déposer les cadeaux tant espérés dans leurs souliers, après être passé par la cheminée et avoir bu son verre de lait…

    Cette année leurs parents et tous les adultes alentour ne les détromperont pas, car eux aussi ont bien envie d’y croire, voudraient tellement y croire. Ils ont bien envie d’oublier un moment les menaces planantes et les images terrifiantes de cette jeunesse fauchée un Vendredi de Novembre, dans la douceur d’un soir de fête. Ils ont bien envie de croire que la Paix est possible, que le monde qu’ils ont construit pour leurs enfants tourne rond, que la planète est belle et propre, que trouver un emploi c’est aussi facile que de dire bonjour. Ils ont bien envie de penser que l’on va tous s’aimer longtemps, sans se juger ni se discriminer au nom d’une couleur de peau ou d’une religion.

    Oui cette année, leurs parents, et tous les adultes alentour, veulent retrouver leur âme d’enfant. Ils veulent penser le monde avec l’imaginaire du tout petit que rien n’étonne, car dans sa tête tout est toujours possible…A l’unisson avec leurs enfants, ils veulent croire comme eux, qu’un gros bonhomme sans âge, habillé tout en rouge avec une barbe blanche, va répondre à tous leurs voeux, à toutes leurs croyances, à toutes leurs espérances.

    Et pourquoi pas ? La première chose n’est-ce pas déjà d’y croire ?

    Joyeuses fêtes à tous.

    Béatrice Copper-Royer.

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    En famille, un peu de rire et d’humour pour adoucir les crises

    En famille le rire a des vertus, dés la petite enfance, pour désamorcer les crises qui jalonnent le quotidien des familles.

    Prenez un enfant de 2/3 ans. Il vit des moments compliqués car son imaginaire lui fait croire que tout est possible, mais la réalité le déçoit car il est douloureusement et régulièrement confronté à ses limites…Il veut mettre son pull tout seul, mais il n’y arrive pas, il a décidé qu’il appuierait le premier sur le bouton de l’ascenseur, mais quelqu’un l’a devancé, il veut ses chaussettes rouges, mais on lui met ses chaussettes bleues. Alors il crie, il hurle ! Bien sûr on peut essayer de crier plus fort que lui, ou le mettre dans sa chambre pour ne plus l’entendre, mais ce qui souvent marche bien c’est de le faire rire. C’est de parvenir, avec enthousiasme et conviction, à l’embarquer dans un imaginaire magique et joyeux qui le débranche de sa petite obsession. cela ne marche pas toujours, mais à cet âge, cela marche souvent car la force de l’imaginaire et du cocasse est impressionnante.

    Il en va de même pour l’enfant boudeur. Enfermé dans son silence, exclu de son propre fait de la vie qui continue de tourner autour de lui, il saura souvent saisir la perche, tendue par un parent, de l’humour et du rire pour sortir de l’impasse. L’humour, le rire, mais pas la moquerie, et à condition que cette perche humoristique lui soit lancée sans témoin, sur un mode qu’il peut juger complice. Avec des spectateurs, des frères et soeurs par exemple, ou même l’autre parent, il en serait tout autrement, le regard des autres alimentant au contraire des fantasmes de complot qui renforceraient son enfermement !

    Avec les adolescents, les exaspérations sont fréquentes et les crises peuvent se multiplier à l’infini. Les malentendus sont si nombreux entre les parents et leurs enfants que la communication est laborieuse et se réduit comme peau de chagrin. Il faut dire que les adolescents sont dans une grande ambivalence vis à vis de leurs parents, et, tout en revendiquant un dialogue avec eux, clament haut et fort qu’ils ne seront jamais compris ! Là encore l’humour peut aider à renouer ce lien hautement fragilisé. Mais pas une ironie amère, qui vous met au dessus de la mêlée, pas un rire moqueur, encore moins humiliant. Un rire doux, plein de caresses, tendre, affectueux, qui permet à chacun de sortir de sa logique égocentrique.

    Car, et dans ces temps moroses gardons le bien en tête, l’humour et le rire, par leur dynamique, leur vitalité, décentrent de soi et de ses soucis et rechargent les batteries.Les services d’oncologie pédiatrique l’ont compris. Entre leurs murs où les enfants affrontent avec courage et sérieux des traitements bien lourds, les soignants font confiance au rire des clowns qui passent dans les chambres de ces jeunes malades, pour leur insuffler un peu de leur énergie joyeuse.

    Béatrice Copper-Royer

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    Aujourd’hui, plus que jamais, la gentillesse ne doit pas devenir un vilain défaut

    La semaine qui s’achève a été d’une rare violence. Les images de ces corps assassinés au nom d’une idéologie folle et barbare, sont dans tous les esprits, et je ne parle pas bien sûr de ceux qui en ont été les témoins directs. Les enfants ont été informés par leurs parents, ils en ont parlé à l’école, et ont réagi avec leur personnalité et leur sensibilité. Ceux que j’ai rencontrés en consultation cette semaine ont tous évoqué avec moi les fusillades. Un petit garçon de 5 ans, fort des paroles apaisantes de ses parents, me dit : « Il y a des méchants, mais heureusement il y a beaucoup beaucoup plus de gentils… »

    Il m’a donné envie de vous soumettre à nouveau un post de blog que j’avais écrit il y a quelques temps déjà, à propos de la gentillesse. Qui devrait plus souvent être érigée en vertu cardinale.

    Premier rendez- vous avec Pierre, 15 ans. Il vient seul, à la sortie du lycée. « Mes parents veulent que je vous voie car ils trouvent que je suis trop gentil », me dit -il. Je m’interroge. « C’est quoi être trop gentil ? – Eh bien,poursuit-il, c’est tout le temps penser aux autres, essayer de les aider, faire ce qui leur fait plaisir. » Il me dit cela avec un air sérieux, réfléchi, un peu embarrassé aussi. En seconde dans un lycée parisien, ses résultats sont moyens en cette fin de 2e trimestre, car il avoue ne pas avoir beaucoup travaillé et s’être surtout réjoui d’être en compagnie de trois bons copains. Il a une sœur de 13 ans et un frère de 9 ans, avec qui il passe de bons moments et se dispute de temps en temps. Ses parents aussi s’entendent bien et il les trouve « sympas, mais un peu trop stressés par son travail ».Aucune catastrophe à l’horizon ! L’échange avec lui est facile. Il n’a rien de rebelle ni d’opposant. S’il a sûrement encore un pied dans l’enfance, s’il est un peu immature quand il évoque ses goûts, ses jeux avec son jeune frère, ses intérêts, il est franchement sympathique et ne présente aucun symptôme inquiétant qui justifierait que l’on s’en soucie.

    Alors d’où vient l’inquiétude de ses parents, quelle angoisse les habite quand ils évoquent cet excès de gentillesse comme un mal à soigner, telles l’anxiété ou la dépression ?

    Je crois que leur peur se nourrit de l’agressivité ambiante, qui leur donnerait le sentiment que, pour avancer et réussir aujourd’hui, il ne faut certainement pas se laisser marcher sur les pieds mais avoir une affirmation de soi solide ! Moi d’abord, les autres après… Sans doute seraient-ils plus tranquilles, ces parents, avec un garçon qui leur tiendrait tête, parlerait haut et fort, donnerait son avis sur tout et se soucierait comme d’une guigne de celui des autres….

    Pour eux, être gentil, c’est se faire avoir, c’est être du côté des faibles, des perdants ! Loin de se dire qu’ils ont su transmettre à leur fils des valeurs d’empathie, d’attention aux autres. Loin de se réjouir de l’avoir bien éduqué en l’aidant à s’extirper de l’ego surdimensionné du petit enfant, ils sont dans la crainte de ne l’avoir pas suffisamment armé pour affronter un monde de brutes où sévirait la loi du plus fort.

    Sans doute bien des parents pensent cela. Ils sont fiers de leur progéniture qui n’a peur de rien ni de personne. J’en ai entendu plus d’un, consultant pour un enfant difficile, agressif avec les autres et avec eux en particulier, me dire avec un contentement certain : « Il a du caractère, il ne se laisse pas faire ». Des enfants à qui, pas toujours mais souvent, on n’a pas appris le respect de l’autre. Au nom de son épanouissement personnel, on ne lui a pas fixé de limites, on ne lui a pas signifié que les autres existaient « aussi » et qu’il fallait en tenir compte pour que la vie familiale et à l’extérieur de la maison, à l’école par exemple, soit agréable. Loin de le faire grandir, on l’a maintenu dans un égocentrisme de nourrisson, qui ne perçoit le monde qu’à travers son prisme personnel.

    Les pages des réseaux sociaux et les cours de récréation seraient peut-être moins violentes si on rappelait aux enfants qu’être « gentil » ce n’est pas être idiot, ce n’est pas un défaut, mais que c’est une qualité qui aide à mieux vivre ensemble et apporte un peu de douceur dans les rapports aux autres.

    Il ne s’agit pas de s’oublier, de n’être jamais à l’écoute de ses envies et de ses désirs, dans une peur inconsciente de n’être pas assez aimé. Il ne s’agit même pas de deviner, avant qu’il ne l’exprime, le moindre désir de l’autre ou de s’y adapter coûte que coûte, mais d’être capable de se mettre de temps en temps à sa place, de s’efforcer de le comprendre et de le respecter.

    Pas un défaut, non, mais une qualité qui renforce et fait vraiment grandir.

    Béatrice Copper-Royer.

    Le monde.fr

    Fusillades terroristes : avec les enfants, entre expliquer et tout montrer, gardons le cap

    Les attentats du 7 janvier nous avaient laissés KO et nous avions eu du mal à trouver les mots justes pour rassurer les enfants. Ils avaient vécu en « live » des événements qu’ils croyaient jusque-là réservés aux scénarios morbides de leurs jeux vidéos ! Hélas, la réalité dépassait la fiction. Et voila que cela recommence et que nous sortons hébétés d’une nuit de cauchemar où une centaine d’innocents ont été massacrés, en plein concert ou aux terrasses des cafés, au cœur de Paris. Des hommes, des femmes, des jeunes et des moins jeunes, tout simplement en train de s’amuser tranquillement une veille de week-end dans un quartier animé et joyeux.

    Stupeur de tous. Et sentiment d’être complètement dépassés par la situation, c’est-à-dire « traumatisés » au sens où la brutalité de l’événement, son imprévisibilité, ses conséquences tragiques mettent notre psychisme dans la difficulté de faire face.

    Les enfants et les adolescents sont à nouveau confrontés à la barbarie, et nous nous sentons presque coupables de ne pas être en mesure de leur épargner ça. Les plus grands interrogent, les plus petits écoutent et absorbent les émotions des grands.

    Les parents, stupéfaits, bouleversés s’interrogent. Que dire ? Que montrer ? En parler beaucoup ? Un peu ? Mais comment ? La répétition des événements rend la tâche plus compliquée. Pourquoi le nier ? « Pourquoi encore nous ? », me  demandait ce matin mon petit-fils de 7 ans, qui habite à deux pas de la rue de Charonne et qui a entendu la fusillade. Il parlait comme une personne endeuillée peut s’interroger sur le pourquoi d’une perte qui lui semble terriblement injuste… pas facile de répondre à ce genre de question.

    J’entends certains nous dire qu’il faut leur parler de guerre. Peut-être parce que l’image est éloquente. Mais la guerre est un état qui se déclare à un ennemi bien identifié qui veut envahir votre territoire. Or ces attaques terroristes sont imprévisibles, sournoises, elles frappent n’importe qui, n’importe où.

    Il me semble que dans un premier temps, avant de trop parler, il faut soi-même, en tant qu’adulte, reprendre ses esprits et sortir de l’émotion brute dans laquelle ces événements nous plongent. Il faut être capable d’être un filtre efficace ! Les images en boucle sur les chaînes de télévision sont obsédantes. Il faut se raisonner et, à un moment, arrêter de les regarder pour ne pas tomber dans une espèce de fascination morbide et malsaine. Il me paraît essentiel d’en protéger les enfants. Parler à des enfants, leur dire des choses vraies sur ce qui s’est passé, ne veut pas dire tout leur montrer. Or les images ont sur eux une force incontestable. Parfois, au nom de la vérité, les adultes vont trop loin. Les enfants ne sont pas des grandes personnes, ils ne gèrent pas leurs émotions comme des adultes, leur besoin de se sentir protégés leur est essentiel pour grandir bien.

    « Ouf, heureusement qu’on a les policiers »,  ajoutait ce matin ce même petit garçon. Je crois que les enfants doivent entendre que, même si c’est un travail extrêmement difficile, l’Etat,  la police, les militaires mettent toutes leurs forces en commun pour arrêter ces terroristes qui nous font si peur. Et qu’il faut continuer de leur faire confiance car ils sauront être les plus forts.

    Lundi, les enfants retourneront a l’école, en parleront à coup sûr entre eux, et reviendront sans doute avec des questions induites par les propos de leurs petits camarades. C’est important de rebondir sur ces questions avec des paroles simples et claires d’adultes, qui recadreront un discours d’enfant, souvent confus et dominé par l’imaginaire. Et puis, la vie reprendra son cours… heureusement !

    Avec les adolescents, connectés à leurs smartphones et très informés, le débat, le dialogue avec des adultes est nécessaire pour étayer leur réflexion et leurs jugements, souvent tranchés et dominés par l’émotion. Les adultes doivent saisir cette occasion d’un dialogue entre générations car il devient de plus en plus rare. Pour ces jeunes, la solennité du deuil national me paraît importante car ces trois journées contribueront à souligner leur appartenance à une nation qui souffre, et dont la force passe d’abord par la solidarité.

    Beatrice Copper Royer

    Le monde.fr

    Les tourments du paresseux anxieux

    Certains élèves, surtout au collège, se la coulent douce…Dans l’effervescence du début de l’adolescence, ils pensent surtout à s’amuser avec leurs bandes de copains, dont la fréquentation assidue est source d’un plaisir extrême ! Ces élèves, je parle de ceux qui n’ont eu aucun souci d’apprentissage spécifique à l’école, mais qui ont gentiment mené leur barque, ne mesurent pas la nécessité incontournable pour réussir au collège, à fortiori au lycée, de travailler un tant soit peu  chez eux pour suivre le rythme et réussir. Cette contrainte les insupporte et malgré la rapide chute de leurs résultats, ils piétinent dans leur système, dominé par un « principe de plaisir » légèrement régressif…

    Si quelques uns ne s’en portent pas trop mal, attendant les sanctions avec philosophie, pour d’autre, hélas, ça va se compliquer. Ce sont les paresseux anxieux.

    Les mauvaises notes et les remarques désobligeantes qui ne tardent pas à arriver les plongent rapidement dans l’angoisse. Ils sont pris au piège de leurs contradictions : réussir sans travailler. L’anxiété les gagne avec son cortège de symptômes : difficultés de concentration, mal au ventre, mal à la tête. Epris de liberté, revendiquant leur autonomie, leurs parents sont pourtant sur leur dos et « leur mettent la pression » comme ils disent, ce qui renforce leur ambivalence et leur résistance à s’y mettre.  On rentre dans un cercle infernal, dans une spirale d’échec. Ceux là ont souvent alors besoin d’une aide extérieure pour sortir du cercle vicieux et comprendre ce qui se joue.

    Chloé, 14 ans, élève de 3ème, est d’abord venue consulter parce que les conflits avec ses parents se multipliaient et empoisonnaient la vie de famille. Cette ancienne timide, un peu en marge des groupes « populaires », s’est enfin sentie reconnue et acceptée en ce début d’année scolaire, par une petite bande de chahuteurs peu enclins au travail. Trop heureuse de cette reconnaissance, elle a suivi leur rythme, ne pensant qu’à traîner à la sortie des cours, et à retrouver sa bande aussi souvent qu’elle le pouvait. Impossible de tout faire à la fois, et elle, l’élève sérieuse et appliquée, a laissé tomber le travail. La fin du premier trimestre arrivant, et avec elle les résultats des contrôles et le premier conseil de classe, c’est la panique. « Je n’arrive pas à me concentrer, me dit-elle désolée, et même quand j’apprends mes cours, devant ma feuille, c’est le blanc, j’ai l’impression de ne plus rien savoir. Ma mère n’arrête pas de me dire de travailler, ça m’énerve encore plus… »

    Chloé est comme un papillon dans un bocal, elle cherche l’issue. Au cours de nos entretiens elle va réfléchir et chercher ses priorités. Pour elle la réussite, trés ancrée dans le système familial, est essentielle. Elle conteste ses parents, a du mal à supporter leurs injonctions, mais elle ne se reconnaît pas dans ses nouveaux copains qui enfilent les mauvaises notes comme les perles d’un collier et sans sourciller. Sa peur de décevoir ses parents et de se décevoir est trop forte, plus forte finalement que son besoin d’être populaire.

    Un grand nombre de collégiens qui décrochent en 4ème/3ème, ressemble à Chloé. Comme elle ils sont pris dans des contradictions qui les dépassent ou qu’ils ne comprennent pas. Il suffit parfois de pas grand chose pour les tirer de là : La main tendue et l’écoute bienveillante d’un adulte qui ne les jugera pas mais étayera une réflexion impossible à faire tout seul. Bien sûr les parents, pris eux mêmes dans l’anxiété ou un agacement bien compréhensible ne sont pas toujours les mieux placés. Mais ils peuvent trouver des relais, des professionnels ou des proches qui assureront ce soutien précieux.

     

    Béatrice Copper-Royer

    Le monde.fr

    Parler des morts et les maintenir vivants

    La mort des proches est souvent évoquée au cours des entretiens psychothérapiques. Parfois l’événement est récent et la demande de consultation lui est intimement liée. Parfois ce sont des deuils anciens que le patient associé, souvent à sa grande surprise, à ses réflexions sur bien d’autres sujets.

     » Ma sœur aînée est morte dans un accident de voiture quand elle avait 19 ans, me dit cette femme. Moi j’en avais 12. C’était il y a plus de 30 ans. Jamais mes parents n’en parlaient. Son nom n’a plus jamais été prononcé. Je crois qu’ils étaient tellement dévastés , qu’il leur était impossible de faire autrement. Mon frère et moi nous avons respecté leur silence. Pour ma part je n’en ai même pas parlé directement avec mes enfants. Ils savent que j’avais une sœur, mais c’est mon mari qui leur a dit. »

    Cette mère de famille, quand à elle, s’interroge sur les liens laborieux, voire conflictuels entre son mari et son fils aîné. Elle émet une hypothèse :  » le plus jeune frère de mon mari est mort d’une leucémie à 8 ans. Ils étaient trois garçons. Impossible de lui en parler, il se ferme comme une huître. Ses parents non plus n’en parlent jamais. Je me demande pourtant si ce deuil ne pèse pas de tout son poids dans nos soucis aujourd’hui !

    Ce petit garçon de 10 ans a perdu son père il y a quelques mois dans un accident de moto. Tête baissée devant moi il a le plus grand mal à en parler. Mais semaine après semaine il se l’autorise d’avantage. Avec sa mère en revanche c’est le silence absolu. Comme beaucoup d’enfants qui ont perdu un de leurs parents, il veut avant tout protéger celui qui reste. Il redoute que ses mots ne renforcent le chagrin de sa mère où il craint de l’encombrer du sien.

    chape de plomb, chape de silence qui ne protège pourtant aucunement les vivants et enterre définitivement les morts… Elle ne protège personne car le silence imposé tacitement veut être un système de défense contre la douleur, contre le chagrin. Mais il n’est pas opérant. On le voit bien à travers le vécu de nos patients.  Cela ressemble plus à un « enfouissement  » mortifère  qui ne permet aucune élaboration de la perte, dans un système puissant d’évitement phobique.

    Elle enterre un peu plus les morts car, quelles que soient les croyances des uns et des autres, n’est ce pas le travail de mémoire, l’évocation spontanée, naturelle des souvenirs partagés , les bons et les mauvais, qui rendent ceux qui nous ont quittés, éternels à nos yeux ? Formidable mémoire qui nous permet, quand nous le souhaitons, quand nous le sentons, de poursuivre un dialogue intérieur ininterrompu.

    En ces jours de Toussaint, où les cimetières sont si magnifiquement fleuris, osons, même s’il nous en coûte , parler de nos morts pour les maintenir vivants.

    Beatrice Copper Royer

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    La folie parentale

    Les ruptures conjugales sont parfois l’occasion de terribles conflits dont les enfants sont les premières victimes. Parfois la violence est telle que les malheureux sont pris au piège d’une véritable folie parentale.  Bras armés de leurs parents, ils sont, au nom de l’amour, totalement captifs d’un esprit de vengeance ravageur. On vient, hélas, d’en avoir un exemple à Mulhouse où un père a séquestré son fils pendant trois ans pour le soustraire à son ex femme.

    Ce petit garçon, entre l’âge de 5 et 8 ans, a vécu dans des conditions d’isolement dramatiques, déscolarisé, désocialisé, avec comme tout interlocuteur un père en perdition, enfermé dans ses errements. On imagine l’état psychologique de cet enfant, coupé du monde, contraint au secret.  5 ans, c’est l’âge de la grande section de maternelle. Les enfants commencent à bien profiter d’une vie sociale à l’école, où ils ont acquis leurs réperes. Les premières amitiés se dessinent plus clairement, ils savent jouer ensemble et non plus côte à côte, découvrant à travers ces liens aux autres du même âge  leurs forces et leurs faiblesses. Ils expérimentent aussi à travers cette vie sociale des émotions diverses : la joie, la colère, l’envie, la tristesse. Une précieuse découverte qui peu à peu leur apprend à se connaître. Et puis entre 6 et 8 ans ils vont formidablement développer leurs compétences intellectuelles avec l’accès à la lecture, à l’écriture, aux logiques de plus en plus abstraites. Rien de tout cela pour ce petit garçon parce que son père, incapable de regarder son fils comme une personne, confondant possession et amour paternel, a décidé de le retirer du monde pour le soustraire à sa mère….

    il faut espérer que cet enfant va dorénavant rencontrer des adultes capables de l’aider à se reconstruire. Famille d’accueil, soignants, éducateurs, seul le soutien de ces hommes et de ces femmes compétents et bienveillants pourront, avec le temps,  lui permettre de récupérer une sécurité intérieure suffisante pour se retrouver et retrouver un peu de confiance dans la vie.

    Que cette histoire dramatique et médiatisée à juste titre, soit l’occasion d’une vraie réflexion pour les nombreux couples qui, sans bien sûr en arriver à de telles extrémités, prennent encore trop souvent leurs enfants en otage de leur conflit, en faisant semblant d’ignorer la violence qu’ils leur infligent.

     

    Beatrice Copper-Royer

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    Le blues des parents quand leurs enfants partent étudier loin de chez eux.

    Septembre touche à sa fin, les étudiants ont rejoint les amphis, les campus, les salles de cours. Des Parisiens sont partis en province, des provinciaux s’installent à Paris, d’autres ont quitté l’hexagone. De plus en plus nombreux sont ceux qui font le choix d’une université à l’étranger, en Europe ou aux Etats-Unis.

    Chez eux, les chambres sont vides, les portes ne claquent plus, le réfrigérateur est plein !

    Et les parents ont le blues… « Ce n’est pas la grande forme », me dit ce père très ému, qui vient juste d’installer son fils sur un campus au Canada où il poursuit des études d’ingénieur. Il se réjouit pourtant de ce choix qu’il juge audacieux et courageux. Mais c’est la nostalgie qui l’habite. « C’est passé trop vite, soupire-t-il, j’aimais tellement notre vie de famille, la joie d’avoir des petits, la certitude d’être essentiel pour eux. » Cet autre pleure le départ de sa fille partie faire une école de commerce à Marseille. « Franchement je ne pensais pas que cela me ferait cet effet-là, mais, et vous allez me trouver ridicule, j’ai l’impression d’avoir abandonné mon bébé. J’ai peur pour elle, je me demande si elle n’a pas encore besoin de moi. »« Je râlais quand il était là, mais tout ce silence, ça m’angoisse », me dit cette mère un peu perdue depuis que son fils vit à Lille pour y faire Sciences Po.

    Ces départs étaient pourtant prévus depuis déjà quelques mois, mais à chaque fois on entend la même surprise. Surprise de la tristesse, du manque, de la nostalgie du temps qui passe. Coup de blues, coup de vieux ! Quand les enfants grandissent, les parents vieillissent, ça sonne comme une évidence mais ça ne fait pas plaisir…Le souci du bien être des enfants, la très grande place qu’ils occupent dans l’univers affectif de leurs parents rendent ces moments sans doute encore plus douloureux qu’autrefois. Dans la tourmente d’une vie professionnelle pas toujours facile, d’une vie amoureuse parfois chaotique, faite de ruptures et de recompositions familiales, l’attachement aux enfants est puissant. Une jeune fille de 16 ans, fille unique de parents fraichement divorcés, me disait récemment combien lui pesait le sentiment d’être l’unique objet de leur attention. « Pourtant, il va bien falloir qu’il s’y fasse, dans deux ans je suis partie. » Toute à son projet d’études en Italie, elle s’imaginait avec angoisse combien elle risquait de leur manquer.

    Bien sûr, le départ d’un enfant ne laisse jamais complètement indifférent. C’est une étape de la vie importante. Mais sans doute les parents doivent-ils se rappeler plus souvent cette évidence que les enfants ne sont pas faits pour rester auprès d’eux, pour les réparer, les consoler ou donner un sens à leur vie. Le plus grand cadeau que l’on puisse leur faire est de se réjouir de leur envol, preuve éclatante qu’on les a accompagnés dans leur capacité à devenir des adultes autonomes. A l’instar de ce père qui me disait en souriant : « Moi quand mon dernier fils a quitté la maison, j’ai eu le sentiment d’avoir bien fait mon boulot, je pouvais passer à autre chose ! »

    Béatrice Copper Royer

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    Le jeu retrouve le chemin de la maternelle. Tant mieux

    Les petits qui ont pris pour la première fois, ou repris, les chemins de la maternelle vont être contents. Leurs parents aussi. Car les programmes de cette nouvelle année scolaire  accordent plus de place au jeu et à l’expression orale. Jouer et parler, parler et jouer pour s’éveiller et apprendre. Une bonne et quand même très simple idée qui semblait, avec les années, être passée aux oubliettes ! Nous nous inquiétions de plus en plus de ces années de “pré scolarité”, qui prenaient trop souvent des allures de classe prépa, avec évaluation, commentaires alarmistes et stress généralisé.

    Celui-ci ne tenait pas bien son crayon à 3 ans, celle-là ne connaissait pas les jours de la semaine à 4 ans, cet autre ne terminait pas son “travail” ou attendait gentiment qu’on le lui fasse et des commentaires sévères attendaient les parents : “Que va-t-on faire de lui ou d’elle” ? Interrogation angoissée et angoissante qui conduisait bien souvent les parents dans nos cabinets pour savoir si l’avenir de leurs chérubins était bel et bien compromis… Obsédé par le mythe de la performance, on avait tout simplement oublié que les enfants entre 3 et 6 ans progressent à leur rythme, par pallier, et assimilent un très grand nombre de connaissances par le biais du jeu. Celui-ci fait référence à leur imaginaire qui est alors très puissant, les mobilise plus que tout et les structure.

    C’est aussi un excellent moyen pour l’enfant d’apprendre à communiquer avec ses congénères. C’est par les rôles que chacun s’attribue dans leurs jeux qu’ils apprennent à se connaître, que se nouent les sympathies et les inimités, que se créent les alliances. C’est une formidable découverte de la vie en société avec ses joies et ses contraintes. Certains enfants sont plus doués que d’autres pour cela, mais chez tous cela développe la créativité et la connaissance du monde extérieur. La première année de maternelle, surtout pour les enfants qui n’ont pas été gardés à la crèche, les ouvre à cette vie sociale, ils apprennent  à vivre les uns avec les autres et se décentrent de leur petite personne. Ce n’est pas une mince affaire !

    Se préoccuper du langage, le développer par les histoires, les chansons, les petits jeux de rôles est aussi une nécessaire et très bonne idée. Les enfants doivent en effet aborder l’école primaire avec un bagage verbal suffisant pour être prêts aux apprentissages de la “ grande école”. Il y a de grandes disparités chez les enfants. Certains plus que d’autres évoluent dans un milieu familial  propice à l’acquisition d’un stock lexical riche et les années de maternelle sont là pour pallier aux inégalités et repérer éventuellement les vraies difficultés qui mériteront un suivi plus spécifique.

    Alors réjouissons-nous de ces nouveaux programmes et souhaitons à tous ces petits écoliers une belle année, dans la gaieté et la bonne humeur…

    Beatrice Copper Royer

    Le monde.fr

    Augmentation des viols de mineurs sur mineurs

    Voilà une nouvelle, tombée au cœur de l’été dont on se serait passé…’Mais qui nous pousse à nous interroger sur le pourquoi de ce triste constat.

    La première idée qui s’impose est celle que nous vivons dans une société où l’intolérance à la frustration est extrêmement forte. Fléau contemporain qui touche le plus grand nombre de l’enfance à l’âge adulte en passant par l’adolescence, c’est le règne du « tout, tout de suite », et renoncer à satisfaire une envie ou à obtenir un objet convoité devient de plus en plus difficile. Internet nous a habitué, depuis longtemps maintenant, à avoir ce qu’on veut au moment où on le veut, développant chez nous, à notre insu, un sentiment de toute puissance qui ne demande qu’à s’exprimer, et ce depuis l’enfance. Car l’éducation des enfants, quand elle est bien comprise, est là pour lutter contre ce sentiment de toute puissance qui habite le petit enfant, qui voit le monde tourner autour de son nombril ! Poser des limites à un enfant, on ne le redira jamais assez, ne va le rendre ni plus bête ni plus malheureux, mais va l’aider à grandir, à se structurer. Cela va lui permettre de devenir un adulte capable de comprendre que les autres existent autour de lui et qu’il doit les respecter, en tenir compte. Cela contient ses pulsions agressives qui, sans cela ne font que croître et se multiplier, le mettant dans un état d’angoisse qui ne fera que renforcer le processus. On voit bien, nos consultations nous le montrent au quotidien, qu’un grand nombre d’enfants manque de cette éducation à supporter la frustration et sont d’une agressivité les uns envers les autres qui posent de plus en plus de problèmes dans la cour des écoles.

    Il n’y a aucune raison que cela s’arrange à l’adolescence puisque l’agressivité augmente naturellement avec les remaniements physiologiques et psychologiques de la puberté. Les adolescents sont agressifs entre eux, se parlent mal, de façon brutale et crue. « Pour rire » me disent ils souvent, mais il est bon qu’un adulte leur rappelle qu’on ne peut pas rire de tout, et que l’humour à bon dos. Tout comme il est absolument nécessaire que les adultes restent des interlocuteurs de confiance qui contrebalancent un discours « jeune » qui apparaît comme normatif et intolérant. Internet avec l’accès immédiat à la pornographie, leur donne une vision désolante de la sexualité et des rapports des partenaires entre eux. L’image de la femme n’en sort pas grandie et les comportements machistes et violents apparaissent comme la norme. Entre fiction et réalité, certains passent le pas et reproduisent sur des jeunes filles complètement dépassées par les événements les comportements violents qu’ils ont vus sur leurs écrans.

    À cela se rajoute la consommation d’alcool et de drogues qui concernent tant et tant de jeunes, garçons et filles mélangés. Ces excès, parfois chez de très jeunes adolescents, sont trop souvent catastrophiques, en termes de comportements, et pourtant bien des adultes peinent encore à le reconnaître. En dehors des accidents qui, nous l’avons vu avec un drame récent, peuvent avoir des conséquences dramatiques,  la perte de contrôle de soi met le jeune en danger. Ils ne savent plus ce qu’ils font, n’ont plus aucune limite et peuvent aller très loin dans les dérives violentes.

    Alors puisque l’été est quand même propice, à un moment ou à un autre, au rapprochement entre les générations, parlons avec eux de ces chiffres qui nous attristent et ouvrons le dialogue.

     

    Beatrice Copper- Royer

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    Ados : les laisser partir

    en vacances en solo

    L’été est là. Le bac en poche (ou pas), les ados font leurs sacs et s’apprêtent à partir en vacances entre amis, loin du cocon familial. Une grande première attendue avec le sentiment exaltant de franchir une nouvelle étape.

    A contrario, l’inquiétude est souvent au rendez-vous pour les parents qui redoutent, qu’en échappant ainsi à leur surveillance, leur progéniture soit plus exposée. Pourtant, ces besoins d’indépendance sont légitimes et représentent même le signe d’une bonne santé psychique. Je m’inquiéterais à l’inverse de celui ou de celle dont le seul projet d’été consisterait à rester collé à papa-maman. 

    Dans la majorité des cas, les parents soupçonnent, à tort, leurs adolescents d’être incapables de se débrouiller seuls. Qu’ils se rassurent, ils en font souvent beaucoup moins à la maison car ils savent qu’il y aura toujours quelqu’un pour faire les choses à leur place. C’est donc la crainte qu’il leur arrive quelque chose, joint au risque d’une perte de contrôle qui alimente les réticences des parents. 

    Se poser les bonnes questions

    Ces derniers ont le droit d’être anxieux, mais leur inquiétude ne doit pas justifier un interdit définitif qui alimenterait le fantasme de l’adolescent d’idées préconçues telles que « mes parents ne veulent pas que je grandisse ». Il faut en effet apprendre à mettre des mouchoirs sur ses peurs. Ce qui n’empêche pas d’exiger, avant le départ, des garanties de sécurité ou des informations claires sur le déroulement du séjour : Où ? Avec qui ? Combien de temps ? Quel budget ? Toutes ces questions sont légitimes et même nécessaires dans certains cas.

    Pour les adolescents, partir pour la première fois sans adultes, représente une vraie victoire autant qu’un grand bonheur. A voir leur enthousiasme après huit jours passés dans la maison de campagne d’un copain,  on a l’impression qu’ils ont vécu des choses extraordinaires, même si, le plus souvent, ils n’ont rien fait d’extravagant. D’ailleurs, si leurs parents leur avaient proposé un tel programme, ils auraient trouvé cela pathétique.

    Un moyen d’apprendre la vie en communauté

    Cette indépendance nouvellement acquise leur est infiniment précieuse : elle est la preuve, qu’aux yeux de tous, ils ont grandi. Elle les responsabilise et leur permet d’apprendre de nombreuses choses sur eux-mêmes et sur autrui. Alors qu’ils ont pu sous estimer à diverses occasions la difficulté de vivre en communauté et la nécessité de prendre en compte le désir des autres, cette liberté les conduit à plus de tolérance.

    Mesurant d’un seul coup l’importance de l’héritage familial, ils apprécieront d’autant plus le plaisir d’être à nouveau protégés de retour au bercail.  Ils ne seront toutefois pas plus en mesure de faire le récit détaillé de leur séjour, l’expérience qu’ils viennent de vivre étant constituée d’émotions communes à leurs amis et à eux seuls.

    Il n’empêche que les parents doivent se réconforter : les vacances en solo pour leurs enfants, quand elles sont réussies, peuvent être source d’un meilleur équilibre, d’une plus grande assurance et garantir, par conséquent, des rapports plus apaisés au sein de la famille.

     

    Béatrice Copper-Royer

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